Otar Iosseliani
Travailler avec Nicolas Zourabichvili
Dans notre métier de cinéastes, le son n’est en rien une affaire secondaire : il élargit le cadre de ce qui est visible à l’écran, et souvent, même très souvent, il s’insère dans le tissu du film comme un fil contrapuntique. Le vent hurle, les chiens aboient, un train file, les moteurs des automobiles ronflent, les chevaux hennissent et… l’on entend un fox-trot, une valse ancienne, un orchestre d’harmonie ou une mélodie orientale. Il m’est absolument nécessaire que la musique soit aussi naturelle que les bruits, et que le public perçoive tout de suite, clairement, d’où elle provient et ce qu’elle signifie. Nicolas Zourabichvili et moi avons tous deux, dans nos maisons, les mêmes photographies accrochées au mur : l’arrière-grand-père de Nicolas et mon propre grand-père étaient des amis inséparables. Je pense qu’il doit y avoir là un sens, même s’il est caché : peut-être est-ce pour cela que nous nous sommes tout de suite compris. Nicolas ne méprise pas mon travail cinématographique. Il écrit avec facilité, et surtout, exactement comme je le désirais, une musique qui n’est souvent pas facile du tout, même si les pièces portent des noms aussi simples que Valse, Sarabande, ou Marche funèbre – toutes choses qui ont peu à voir avec les problèmes qu’il résout lorsqu’il compose sa propre musique, celle-ci tout à fait sérieuse. Je ne sais pas chanter, mais souvent je lui sifflote au téléphone, à titre d'indication, une phrase musicale dépourvue de sens, et j’attends. Je l'entends griffonner quelque chose, et le lendemain je découvre avec soulagement que la scène qui appelait une musique s’est animée de sa propre vie, pour toujours. Quelle chance j’ai ! Je n’imagine même pas ce que je ferais sans Nicolas. Otar Iosseliani, cinéaste. (Traduction
du texte écrit pour le recueil de musiques de film, édité en
Russie par Art Business Center) |
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